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Au fil des pages une vie se tisse

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa, chez Albin Michel.

Ce roman me faisait envie depuis sa sortie chez Albin Michel. Quand je me suis retrouvée en vacance et sans livre (oui, le cauchemar suprême) c’est sans hésiter que j’en ai fait l’acquisition.

Comme souvent, c’est d’abord la première de couverture toute mignonne qui m’a séduite…et ensuite le titre. Parlez-moi de Tokyo et j’adhère, parlez-moi de délices avec une connotation de sucrerie et je saute directement le pas (je suis un estomac sur patte et je l’assume totalement…ou pas).

En débutant cette lecture, je n’avais pas des attentes phénoménales, je voulais simplement passer un agréable moment, sans prise de tête, dans un nouvel univers, c’est ainsi que je me retrouve avec un nouveau coup de cœur.

Santarô est un homme désabusé, il passe ses journées à « préparer » et vendre des Dorayaki, des pâtisseries traditionnelles japonaises à base de pâte d’haricot rouge, le ãn. Absolument pas passionné par ce qu’il fait, le résultat final est plus que médiocre.

Jusqu’au jour où, une vielle dame aux doigts tordus l’interpelle et lui propose de travailler pour lui.

D’abord peu emballé, il doit s’avouer que sa pâte ãn est tout simplement divine. C’est ainsi qu’il l’engage, mais hors de question que les clients puissent l’apercevoir.

Peu à peu, il finit par se lier d’amitié avec Tokue qui se révèle être une petite vielle bien attachante et qui n’hésite pas lui apprendre à entendre « la voix des haricots ».

Cette amitié entre deux générations nous fait voyager à travers l’histoire du Japon et ses traditions principalement culinaires.

La première impression qui découle de ce roman est que l’ambiance est assez détendue, rien ne semble aller très vite. Mais une fois le livre refermé, je me suis rendue compte que tous les événements s’enchaînent en 239 pages à peine. Je crois que j’ai été prise au jeu de l’auteur en étant bercée par le fantasme que je me faisais de cette fameuse pâte ãn.

En fin de compte, le rythme de lecture est soutenu, quand bien même on ne s’en rend pas compte sur le moment même.

L’histoire étant vraiment centrée sur le personnage central de Santarô : son évolution, ses interrogations, ses doutes et ses choix, etc. Cela imprègne entièrement le lecteur dans la mentalité de la société japonaise moderne, qui demeure vachement traditionnaliste.

Néanmoins, Durian Sukegawa ne dévoile pas l’entière personnalité de son personnage, respectant une pudeur toute nippone à ce sujet. Si on en apprend beaucoup sur lui, une énorme part d’ombre le concernant est laissée aux suppositions du lecteur. Ce que je trouve en définitive, très plaisant (je ne dis pas qu’il faudrait davantage de personnages de ce genre dans mes lectures à venir, mais de temps-en-temps, ça fait du bien).

En ce qui concerne les autres personnages du roman, on les voit principalement à travers le regard de Santarô. Malgré ça, je me suis attachée plus rapidement à ces derniers que Santarô lui-même. On présent qu’ils vont jouer un rôle très important pour lui, le genre de rencontres qui changent la vie.

Cependant, le côté négatif c’est qu’à la longue, j’avais juste envie de le secouer un bon coup pour qu’il se réveil.

En ce qui concerne l’écriture, je l’ai énormément appréciée, ce fut un véritable délice tout au long du récit. Fluide, l’auteur ne nous a pas imposé de figures de style abracadabrantes qui n’auraient pas leur place dans cette histoire qui se veut simple dans sa composition.

L’auteur insiste vraiment sur « l’histoire pour l’histoire, le récit pour le récit ». Et croyez-moi, c’est un régal pour les yeux.

Le récit est prenant, immersif, à condition toutefois d’avoir un minimum de connaissances concernant la culture nippone. Dans le cas contraire, je pense que le lecteur se perdrait trop facilement le fil. Durian Sukegawa est avare de descriptions, aussi, pas facile pour le lecteur de se représenter les décors dans lesquels évoluent les différents protagonistes, bien qu’ils soient redondant.

Pour ma part, cela ne m’a en rien gênée dans ma lecture, « Les délices de Tokyo » m’a, certes fait voyager, mais surtout saliver. Nous décrivant la préparation complexe de pâtisseries ou de plats traditionnels et tout le symbolisme qu’il y a dernière une préparation servie aux invités au pays du soleil levant.

Cependant, la gastronomie n’est pas l’unique thème du roman, il aborde également la maladie et à la manière dont elle fut autrefois intégrée dans la société japonaise. Et le roman n’en dresse pas forcément un merveilleux portrait.

Pourtant, malgré le poids et la lourdeur du thème abordé, la lecture demeure légère et agréable.

Petit mot sur la première de couverture: Toute en détails, l’uniforme, le foulard rouge, le distributeur à boisson, la petite échoppe,…ils m’ont tout de suite murmuré de promesse d’une excellente lecture. Elle colle totalement à l’histoire, et si la discrète Tokue n’a pas été représenté, cela n’est absolument pas gênant, puisque cela s’inscrit sur le fil du récit.

Ce roman est parfait pour ceux : qui ont envie de voyager au pays du soleil levant, d’éveiller vos papilles gustatives, et d’apprendre une autre réalité que la nôtre, sans toutefois connaître tous les dessous des personnages.

Il ne convient pas à ceux : qui tiennent à connaître tous les aspects des personnages, qui veulent de l’action (alors pour le coup, ce n’est pas le genre de lecture où des explosions et des bagarres de rues à toutes les cinq pages).

« Les délices de Tokyo » c’est une sucrerie qui a totalement sa place dans ma bibliothèque. Un super roman qui, comme dit plus haut, ne dresse pas forcément un portrait glorieux, mais un portrait vrai. Qui nous plonge dans une interaction transe-générationnelle adorable et pudique.

Ma note est de 5/5

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